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Vivre en ville, l'histoire d'une intuition

Il est des campagnes qui ont laissé leur empreinte à la Ligue. Des belles initiatives qui par leur originalité et leur vision permettent de comprendre certaines orientations d’aujourd’hui. C’est le cas de "Vivre en ville" lancée en 1971. Cette grande campagne de mobilisation est d’abord une intuition : l’intuition qu’un mouvement d’éducation populaire doit se préoccuper des nouvelles formes de vivre ensemble, devenues essentiellement urbaines.

La France des années 70 s’est nettement urbanisée : à peine majoritaires en 1945, les villes rassemblent désormais 77% de la population. Accélération de l’exode rural, urbanisation rapide caractérisée par la croissance des banlieues, c’est dans ce contexte que "Vivre en ville" est lancée un an après "Bourges 70". Cette opération, qui a rassemblé 1 200 jeunes de 69 fédérations, avait l’ambition d’animer une ville de 80 000 habitants pendant quatre jours. Une gageure. Les animateurs constatent alors, qu’en milieu urbain, les difficultés voire l’absence de relations humaines dans les grandes agglomérations sont un obstacle sérieux pour leur action.

"Rendre la ville aux citoyens"

"Il y avait là un vaste chantier pour une action éducative et culturelle  militante. L’animation socioculturelle apparait comme  une méthode bien adaptée : il s’agit de profiter de cette évolution urbaine pour la tirer vers les valeurs humanistes chères à la Ligue et redéployer sa mission d’éducation, de culture, de formation du citoyen" résume Michel Morineau, adjoint du Service animation du confédéral à l’époque. Cette période est aussi celle où la France entre dans le marasme économique (entrecoupé de reprises certes) et où la question sociale devient de plus en plus visible et préoccupante : l’immigration, les discriminations, la relégation,  la pauvreté, les inégalités sont des réalités qui prennent un autre visage "au sein des cités".

Parallèlement, le constat est fait que la Ligue est encore très majoritairement rurale dans ses composantes militantes, dans ses associations et même dans sa manière de penser l’action. Pour Michel Morineau, "penser la diversité était alors une pensée urbaine". La Ligue perd des adhérents en milieu rural qu’elle ne retrouve pas en milieu urbain. Quant à ses associations dans les grands centres urbains, si elles sont souvent importantes en adhérents et en activités, elles ne pèsent guère dans les enjeux locaux dès qu’il s’agit d’intervenir sur les  problématiques (éducatives, culturelles, sociales, économiques…) du développement des territoires urbains. Le déphasage – du moins analysé comme tel – entre un monde en voie d’urbanisation totale et une Ligue encore enracinée dans sa tradition rurale saute aux yeux des militants. Rien de tel qu’une "campagne" pour provoquer les évolutions vitales à la survie de l’institution.

La communication de la campagne est alors portée par la réalisation et l'édition d’une belle affiche commandée à Jean-Michel Folon et d'un reportage photos réalisé par Jacques Windenberger qui fait l'objet d'un coffret de quelques centaines de diapositives destinées à être projetées en continu dans de petites assemblées et à faire réagir les gens sur leur conditions de vie.

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Ariane IOANNIDES