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Les lendits Usep, ces fêtes de la jeunesse sportives

Les lendits, tels qu'on les connait, existent depuis 1880. Mais, à la Ligue de l'enseignement ils apparaissent dans les années 1940 avant de décliner progressivement vers les années 1980. 

Dans les années 50 et 60, l'Usep s'est fait une spécialité de grands mouvements gymniques d'ensemble reproduits par les élèves lors de la fête des écoles : les lendits. Ce mot est bien plus vieux et a connu diverses significations.  Le  mot  «lendit»  était  utilisé  au  Moyen  Âge,  notamment  pour désigner cette Foire du Lendit de Saint-Denis, au nord de Paris, où  les «escholiers» se rendaient  en  juin pour  faire provision de parchemin et se livrer à des jeux pas toujours très calmes. Le  Dr  Tissié,  président  de  la  Ligue  girondine  de  l'éducation physique,  repris  ensuite  ce  mot  vers  1880  pour  l'appliquer  à des  joutes  scolaires  où  se  mesuraient  les  équipes  des  lycées et  collèges  de  l'académie  de  Bordeaux.  Mais  c'est  après  la Seconde  Guerre mondiale,  dans les années 1950, que le lendit (ou « les lendits ») a  pris  la  forme  d'épreuves de  masse mises en valeur par les fêtes de la Jeunesse ou des écoles publiques. Selon ses promoteurs, le lendit Usep possédait de nombreuses vertus  pédagogiques  :  coopération  entre  élèves,  implication de  toute  la  classe,  respect  de  l'effort,  collaboration  entre enseignants,  etc.  Le  lendit  devait  être  également  la  traduction  d'un  travail  éducatif  en  éducation  physique  effectué dans les classes participantes.

Dès 1948, la  première  commission  technique  de  l'Usep s'était  attachée  à  rédiger  un  mémento  sur  la leçon  du  lendit. Le  lendit  s'adresse alors à  trois  catégories  d’âge  distinctes (9-10 ans, 11-12 ans, 13-14 ans). L'épreuve emblématique est la fameuse «leçon d'éducation physique imposée», qui  comporte  des  exercices  de  gymnastique  corrective  de maintien  pour  toute  la  classe,  effectués  le  jour  du  concours sous la conduite d'un «moniteur général» qui «commande toutes les  classes».  Y  sont  associées  des  «épreuves  individuelles» (course,  saut  en  hauteur  et  en  longueur,  lancer  d’adresse)  et des «épreuves collectives» constituées par un relais de 6 x 50 m couru par  des  équipes  de  six,  avec  pour  chacune  deux  coureurs  de chaque  catégorie  d’âge. Ces lendits étaient notés (la leçon sur 60, les épreuves individuelles sur 40 et les épreuves collectives sur 20). En outre, «une note de 0 à 40 points est attribuée  à  la  tenue et la discipline».  Pour  le  classement,  trois catégories sont prévues: «écoles de garçons, écoles de filles, écoles mixtes et géminées».

Dans les années 1970, la  leçon  du  lendit, d'abord  exécutée  à  mains  nues  en  regardant l'adulte  -  ou  le  grand  -  monté  sur  une  estrade pour  donner  le  rythme  et  assurer  une  coordination  parfaite  entre  les  gestes  et  la  musique, évolua  vers  une  forme  de  gymnastique  corporelle  avec  engins.  Ce  faisant  d'abord  avec  les bâtons  -  des  manches  à  balais  dans  les  campagnes, puis les cerceaux et les balles lestées, avant d'avoir recours aux cordelettes, puis enfin aux  rubans  qui  accompagnèrent  les  dernières années de ces mouvements d'ensemble.

Alors même qu'ils s'étaient généralisés dans tous les départements, les lendits n'allaient cependant pas tarder à faire débat et conduire le président de l’Ufolep-Usep, Georges Belbenoît, à s'en faire l'avocat dans Le sport à l'école (1972). Il y rappelait que la leçon du lendit constituait « un ensemble cohérent d'exercices d'assouplissement, de musculation, de coordination et de relaxation» et que pour  «permettre  une  représentation  spectaculaire dans le cadre des fêtes scolaires de fin d'année»,  cette  leçon  du  lendit  était  conçue  «pour être  exécutée  collectivement».  Quelques  années plus  tard,  en  1979,  apparait  sur  les  documents supports des lendits (disque et livret) le distinguo  entre  la  séquence  «Grec»  (Gymnastique rythmique et évolution collective) et les épreuves combinées d'athlétisme par exemple.

En octobre 1983, la commission nationale chargée de l'élaboration de ces programmes est amenée à faire le point sur le lendit Usep à la suite d'articles  «faisant  état  d'une  désaffection  pour une activité qui avait donné à l'Usep ses lettres de noblesse». Elle réaffirme alors sa «détermination» à continuer de «doter les animateurs des moyens propres à la poursuite d'un combat sans faiblesse : celui de la qualité à partir d'une pédagogie du bonheur vers un homme de devoir». Néanmoins, perpétuer la tradition du lendit devint peu à peu un combat d'arrière-garde, une volonté de s'accrocher à une époque révolue. Certains départements  ont  pourtant  continué  à  n'avoir que faire du «lendit-ra-t-on» et, en 1989, l'Ariège n'hésita pas à organiser dans le cadre des fêtes du bicentenaire un lendit « révolutionnaire » afin de prouver que «le lendit avait encore un sens».

Qu'en est-il aujourd'hui ? Certains départements résistent encore et toujours à la disparition de leurs lendits. Mais, l'échelon national de l'Usep ne recense plus cette pratique.

Philippe BRENOT

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