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La "querelle scOlaire" : de la Libération à 1984

A la Libération, grâce aux solidarités nées pendant la Résistance entre ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas, le moment semble venu, non pas de reprendre la législation scolaire d'avant guerre, mais de faire une œuvre généreusement novatrice.Des responsables de la Ligue s'investissent dans la commission présidée pour cela par André PHILIP mais, comme elle cesse ses travaux sans conclure dès 1945, la « guerre scolaire » reprend rapidement.

Pour s'opposer à l'offensive de l'enseignement privé, la Ligue de l'enseignement, avec le SNI, crée le Cartel laïque, qui regroupe toutes les organisations progressistes. Présidé par Albert BAYET, il organise les Etats généraux de la France laïque. Comme les partisans de l’enseignement privé mettent l’accent sur la nécessité d’un financement pour que soit garanti aux parents le libre choix de l’éducation de leurs enfants, la Ligue de l'enseignement avec le SNI crée une organisation laïque représentant spécifiquement les parents : la Fédération nationale des Conseils de Parents d’Elèves des écoles publiques.

La question de l’aide publique à l’enseignement privé est au cœur des combats politique tout au long de la IV° République, notamment avec la Loi MARIE-BARANGE en 1951 qui, au prétexte d'aider les familles en difficultés subventionne en fait les écoles privées. Pour être plus efficace, le Cartel laïque devient en 1953 le Comité National d’Action Laïque. Il regroupe les DDEN, la FCPE, la FEN, le SNI et la Ligue de l’enseignement, les autres organisations du cartel (notamment les partis politiques de gauche) restant en soutien.

Avec la V° République, Michel DEBRE, fait adopter une loi finançant l’enseignement privé le 31 décembre 1959. Au sein du CNAL, les associations de la Ligue de l'enseignement contribuent au succès d'une grande pétition représentant plus de la moitié des électeurs. Le 19 juin 1960, Henri Fauré, Président de la Ligue de l'enseignement prononce, au nom de tous les pétitionnaires, « le serment de Vincennes ». Malgré l'impressionnante mobilisation, la loi Debré sera mise en œuvre.

La défaite sur la loi DEBRE contenait l'espoir d'être abrogée avec le retour au pouvoir d'une majorité laïque. Aussi l’espoir sera grand en 1981 avec la victoire de la gauche puisque le candidat victorieux s’était engagé à mettre en œuvre le « grand service public unifié et laïque de l’Education nationale » proposé par le colloque du CNAL en 1972 à l’issue d’une réflexion où la Ligue de l'enseignement avait largement participé.

Mais, l’ajout de la formule « sans contrainte ni spoliation » laissait la porte ouverte à toutes les ambiguïtés. La suite le démontrera, après la commémoration en 1982 des 100 ans de L’ECOLE PUBLIQUE et la grande fête organisée par le CNAL au Bourget où sont invités à s’exprimer Alain SAVARY, le Ministre de l’Education Nationale et Pierre MAUROY, le Premier Ministre.

Si les militants laïques pouvaient prévoir que la mise en place du « SPULEN » se heurterait à l’opposition des forces conservatrices, ils n’avaient pas imaginé une réaction hostile d’une large partie de l’opinion. Or, devant une opinion publique qui ressent la réussite scolaire comme essentielle et analyse le dualisme scolaire comme possibilité de recours pour cette réussite, les médias vont présenter comme une évidence que les positions du CNAL sont corporatistes et sectaires et les militants laïques sont décrits comme ringards, dépassés, incapables de se soumettre à la déesse Modernité.

Ils resteront toutefois mobilisés puisque le nombre de participants aux diverses manifestations organisées par le CNAL ou l’enseignement privé sera sensiblement le même. Mais c’est l’imposante manifestation de soutien à l’enseignement privé en juin 1984 qui entraînera la décision du Président de la République de retirer le projet d’Alain SAVARY, pourtant amendé et adopté par l’Assemblée nationale. Les militants laïques en éprouvent une grande amertume. Le projet d’un « Service Public Unifié et Laïque de l’Education Nationale » paraît abandonnée pour une période indéterminée !

Jean-Paul MARTIN et Pierre TOURNEMIRE

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