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La Ligue de l'enseignement et les arts et traditions populaires

Par ses activités, la Ligue de l’enseignement a été d’emblée porteuse de la culture républicaine. Contrairement à une idée reçue, cette culture est à la fois nationale et attentive aux réalités locales. Tous les historiens l’ont souligné.

Anne-Marie Thiesse écrit : « L’École primaire républicaine, qui a été parfois dépeinte comme le théâtre d’un combat sans merci mené par les jacobins acharnés contre les cultures régionales, a tout au contraire cultivé le sentiment d’appartenance locale comme propédeutique indispensable au sentiment d’appartenance nationale » (« Ils apprenaient la France : l’exaltation des régions dans le discours patriotique ». Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme). Jean-François Chanet étudie de même l’attention portée par les instituteurs  aux langues régionales et aux musiques et danses dans « L’Ecole républicaine et les petites patries » (Editions Aubier).

Sous le Front populaire la Ligue de l’enseignement s’investit pleinement et crée au sein de l’Union Française des Œuvres Laïques pour l'Education Artistique (UFOLEA) une commission Folklore. Au congrès de Versailles en 1937, l'UFOLEA lance cette commission de folklore où chansons populaires, contes folkloriques et danses locales seront enseignées.  Paul Delarue (1889-1956) est chargé de coordonner son activité. Instituteur originaire de la Nièvre, responsable du Syndicat National des Instituteurs du département, botaniste, membre de la Société d’ethnologie française, il collecte les récits locaux et publie un catalogue : « Le conte populaire français » (Editions Maisonneuve et Larose). Il participe, comme Célestin Freinet, au célèbre congrès international de folklore de 1937. Il y est rapporteur de la question relative aux chants populaires régionaux à l’école. Permanent au siège de la Ligue de l’enseignement, Paul Delarue préside la commission folklore jusqu’en 1956.

Pierre Jakez Hélias ((1914-1995) fut un autre membre prestigieux de cette commission. Agrégé de lettres, professeur à l’Ecole normale de Quimper, journaliste, chroniqueur radiophonique et auteur dramatique en français et en breton, producteur à la télévision, c’est en tant qu’écrivain qu’il devient célèbre. Son « Cheval d’orgueil », publié dans la collection « Terre humaine », est vendu à plus d’un million d’exemplaires. Il devient président de la commission en 1957. Dans son livre « Le quêteur de mémoire », Pierre Jakez Hélias consacre un chapitre aux activités de la commission. Une cinquantaine de stages nationaux et régionaux sont mis sur pied, toujours en associant les cultures populaires aux « arts savants ». Des « folklores-clubs » permettaient aux participants d’acquérir les connaissances sur leur art, danse ou musique, l’environnement culturel et social local, les traditions et langues pratiquées, le sens originel des fêtes nationales et locales.

Le bulletin de l’UFOLEA regorge d’informations concrètes et de réflexions théoriques sur le folklore. Un numéro spécial y a été entièrement consacré en avril 1957. On trouve dans les bulletins aussi bien des aperçus sur le folklore d’autres pays que des études sur le théâtre dialectal (en « patois »). Une carte ethnographique de la France est dressée. Un inventaire des groupes folkloriques est réalisé. Robert Lafont, universitaire médiéviste, secrétaire de l’Institut d’Etudes Occitanes, romancier, auteur de théâtre et de nombreux essais est également membre de la commission folklore. Avec Pierre Jakez Hélias et Paul Delarue, c’est un des principaux collaborateurs du bulletin de l’UFOLEA. Ils théorisent sur un folklore vivant, intégrant les traditions populaires dans une optique progressiste, laïque. Ils souhaitent reclasser le folklore dans la hiérarchie des activités artistiques en réfléchissant sur la notion d’authenticité. Ils prônent « un mouvement de la tradition française ».

Robert Lafont poursuivra ce travail au sein du nouveau secteur « Cultures et communication » dirigé par Guy Gauthier. Une série d’articles paraît au début des années 80 dans la revue « Pourquoi ? » sur les langues régionales et la place de la langue française. Un recueil de ces articles est publié et préfacé par Robert Lafont en 1982 « Langue dominante, langues dominées » (Edilig, collection des Cahiers de l’éducation permanente). La Ligue de l’enseignement publie alors une collection intitulée « Diapolivre » proposant une dizaine de coffrets contenant chacun un ouvrage et une centaine de diapositives. Un de ces coffrets est intitulé « Histoire des pays de langue occitane ». L’auteur du livre (en français et en occitan) est Michel Roquebert, historien spécialiste des cathares.

Bien que très beau, le mot « folklore » (« savoir du peuple », en anglais) est parfois récusé. C’est la notion d’arts et de traditions populaire qui est reprise par la commission puis le secteur culture. Elle renvoie au célèbre Musée national des Arts et traditions populaires fondé dans les années trente par Georges-Henri Rivière. Dans les années 90, c’est la notion de « patrimoine culturel immatériel » qui émerge, avec une Convention de L’UNESCO dédiée à sa sauvegarde en 2003. Les Arts et traditions populaires restent pratiqués de façon diverse dans les fédérations départementales de la Ligue de l’enseignement, ou par des associations affiliées.  Très souvent autour des contes, parfois sur les langues et cultures régionales, parfois sur les danses et les musiques… Exemple significatif, un festival de d’art, danses et musiques du monde est animé depuis plus de trente ans par l’Amicale laïque de Montignac en Dordogne. Il rassemble 15.000 personnes chaque année fin juillet. Le festival est affilié au Conseil international des organisations de festivals de folklore et d'arts traditionnels (CIOFF). Le CIOFF rassemble une trentaine de festivals en France et plus de 250 festivals dans le monde. Le CIOFF est une ONG reconnue par l’UNESCO. La Ligue de l’enseignement et le CIOFF ont signé en 2011 une convention de partenariat.

Charles CONTE

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