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« L’éducation pOpulaire doit former des citoyens éclairés et tisser des liens de proximité dans tous les territoires.»

Anne-Marie Franchi, ancienne vice-présidente de la Ligue de l’enseignement

Ancienne vice-présidente de la Ligue de l’enseignement, Anne-Marie Franchi souligne toute l’importance de l’éducation populaire et de l’engagement associatif pour contrer la montée des sectarismes. Une militante de la laïcité au parcours impressionnant.

Lors d’un déplacement ancien en Russie, Anne-Marie Franchi avait observé la montée des mouvements sectaires consécutive à l’éclatement de l’ancien empire soviétique. Un voyage militant parmi d’autres menés aux quatre coins de l’Europe lorsqu’elle était vice-présidente de la Ligue de l’enseignement, en charge des sujets internationaux et de la laïcité, et qui avait contribué à forger ses évidences. « Il faut promouvoir l’éducation populaire, affirme-t-elle aujourd’hui, pour répondre à la montée de tous les extrêmes. » Dépasser la juxtaposition de groupes culturels en œuvrant à « une éthique de la diversité et de la rencontre ». Tel est le sens de son engagement militant.

Anne-Marie Franchi est une octogénaire brillante et enthousiaste, fière de ses trois enfants et de son très riche parcours associatif. « Il faut s’engager! » Elle parle de son « bonheur militant lié à l’amitié et au travail en groupe » initié lors de la création d’une association de parents d’élèves à Vitry-sur-Seine, en région parisienne, où elle s’est installée après ses études, et poursuivi lorsqu’elle a été nommée déléguée départementale de l’Éducation nationale (DDEN), d’abord dans le secteur d’Ivry.

Devenue secrétaire générale de la fédération des DDEN, investie au sein du Comité national d’action laïque (Cnal), Anne-Marie Franchi est élue plus tard viceprésidente de la Ligue de l’enseignement, qu’elle représente au Conseil de l’Europe sur les enjeux éducatifs. « Anne-Marie est une figure de la Ligue ! », confie-t-on respectueusement au siège parisien où elle a conservé de nombreuses amitiés.

Élève d’une classe unique rurale

Il faut dire que les contributions de cette ancienne membre du Conseil national des programmes – prédécesseur du Conseil supérieur des programmes – au développement de l’éducation populaire et à la défense de laïcité ont compté. Ancienne élève de l’École de haut enseignement commercial pour les jeunes filles (surnommé « l’HEC jeunes filles ») et du Collège de France, la mère de famille martèle depuis plus de 40 ans ses convictions avec une paisible assurance. Celles d’une « agnostique tranquille » sans haine pour quiconque « mais avec beaucoup d’esprit critique et de méfiance », comme elle le déclarait au milieu des années 1990 à l’occasion d’un débat sur le thème de « la France laïque ».

Les archives du web sont riches de nombreuses interventions de cette ancienne vice-présidente éclairée et exigeante, fortement désireuse de voir les laïques s’informer, échanger et partager. Toujours installée en banlieue parisienne, elle se souvient de la classe unique de son école rurale en Bigorre, dans la plaine des Hautes-Pyrénées, une contrée éloignée où elle s’est épanouie. « Ma tante était institutrice d’école publique dans un bourg landais où la concurrence scolaire était franchement inamicale, glisset-elle. Ainsi, éducation populaire et laïcité ont-elles revêtu très tôt un sens évident. » De là est visiblement née une forme de vocation.

Lorsqu’elle était à la Ligue de l’enseignement, Anne-Marie Franchi multipliait les conférences sur la laïcité un peu partout dans l’Hexagone. La laïcité française, déclarait-elle, prend parfois le visage de l’anticléricalisme traditionnel, contre l’Église catholique d’abord, contre l’ensemble des religions instituées ensuite, mettant au second plan le combat pour la justice sociale. Un antagonisme qu’elle s’est attaché à dépasser en débattant avec les représentants de toutes les religions dans des « dialogues de convictions ». Parce qu’être agnostique n’empêche évidemment pas les convictions…

« Vice-présidente à tout faire »

« À la Ligue, j’ai volontiers été vice-présidente à tout faire », s’amuset-elle. Et parfois une « femme alibi », seule femme du conseil d’administration pendant un temps « heureusement court ». Et de détailler les dossiers qui l’occupaient : laïcité, éducation, éducation civique, éducation à l’environnement, vacances musicales, formation professionnelle et plus particulièrement, à la fin de son mandat, le secteur international.

Elle raccroche au début des années 2000 : « J’avais été suffisamment privée de ma famille. » L’engagement rime parfois avec sacrifices. Mais elle n’a pas perdu son regard habité, suivant toujours de près les enjeux de laïcité.

Comment va l’école ? « Elle a beaucoup souffert sous la précédente mandature, notamment avec la suppression de la formation des enseignants, analyse-t-elle. Le ministre de l’Éducation nationale a visiblement quelques bonnes idées mais il est tellement difficile de faire évoluer l’institution. Certains conservatismes perdurent. » Il faut, insiste-t-elle, prendre en compte tous les particularismes locaux et ne surtout pas imposer un modèle figé et uniforme imaginé depuis Paris. La classe unique rurale a ses atouts, les territoires reculés leurs richesses. « La Ligue avait lancé, lorsque j’y exerçais, des actions de formation pour densifier ses relais dans les départements, raconte Anne-Marie Franchi. Cela m’avait conduite à rencontrer sur le terrain ses militants, des passionnés. Un souvenir formidable. »

Investie au Conseil de l’Europe

Elle décrit les visites de fédérations qui l’ont marquée lorsqu’elle était vice-présidence de la Ligue : l’Ardèche rurale et montagnarde, une fédération très investie dans la publication d’ouvrages culturels. Celle des Hautes-Pyrénées, département voisin de ses Landes natales, où les associations qu’accompagne la fédération portent des expositions, des festivals ou des concerts. Autant de déplacements, de rencontres et d’échanges. « L’éducation populaire doit former des citoyens éclairés et tisser des liens de proximité dans tous les territoires, estime-t-elle. Elle doit accueillir tout le monde parce qu’il y a de la place pour tous dans la vie associative. »

On relit l’une de ses anciennes analyses sur la diversité culturelle : « La tendance au repli sur soi de groupes homogènes constitue au minimum un appauvrissement et peut conduire à toutes les tentations xénophobes, à la haine et aux conflits. » Anne-Marie Franchi défendait alors – et aujourd’hui encore – une Europe des droits de l’homme dans le cadre de ses travaux pour la Commission de liaison des organisations non gouvernementales (ONG) du Conseil de l’Europe : « J’ai beaucoup travaillé en faveur des ONG parce que j’estime leurs actions indispensables à l’instauration de nouveaux équilibres culturels. » Des équilibres qui dépasseraient la seule tolérance de la différence. Mais en 2014, l’Europe est en crise sociale aiguë et les tentations xénophobes toujours fortement présentes… Elle répond en soulignant la valeur de l’engagement et la nécessité de s’investir « sans prosélytisme ni violence ».

Un militantisme qui s’est longtemps confondu avec sa vie de famille et qui a démarré lorsque ses trois enfants sont entrés à l’école. « Ils ont bénéficié d’une école maternelle que j’ai découverte avec enthousiasme et que j’ai admirée », se souvient-elle. C’est alors qu’a démarré son parcours associatif. Quelques décennies plus tard, l’ancienne vice-présidente au CV impressionnant est une observatrice toujours très attentive des évolutions du monde éducatif, prête à intervenir pour défendre la laïcité et répéter toute l’importance de l’éducation populaire. Et transmettre un peu de son vécu pour susciter de nouvelles vocations militantes.

Sylvain HENRY

Les autrEs portraits autour de la LaïcItÉ

  • FeRDiNaND BuiSSON

    1841 - 1932

    Président de la Ligue de l'enseignement

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    1815 - 1894

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