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"Je crOis à la transmission"

Dominique Planes, Bénévole à Lire et faire lire

Engagée avec l’association Lire et faire lire depuis fin 2005, Dominique Planès, ancien cadre dans le secteur bancaire, intervient dans une école primaire du quartier Montparnasse comme auprès de collégiens en difficulté.

Si l’on cherche un fil conducteur dans la vie de Dominique Planès, ancien cadre dans le secteur bancaire, retraitée depuis quelques mois, la lecture se détache irrémédiablement : « Lire c’est la liberté d’être, de grandir. J’ai beaucoup lu enfant, énormément adolescente, un peu moins dans ma vie d’adulte, pour le plaisir en tout cas. »

Cette passion des mots et des récits, Dominique Planès l’a transmise à ses deux filles. Elle adopte aujourd’hui la même attitude avec Hugo, son petit-fils âgé de 18 mois. « Ses premiers cadeaux ont été des livres en tissu ou cartonnés. En me promenant dans les librairies, je craque encore très souvent, s’amuse cette lectrice assidue du Monde. Si bien qu’Hugo est aussi un passionné. Même à la crèche, il s’installe sur son coussin pour feuilleter des ouvrages pendant près de 20 minutes. »

Lire mais aussi transmettre, deux leitmotivs pour cette femme de tout juste 60 ans. « Je crois à la transmission, confirme Dominique. J’y ai cru dans ma vie professionnelle, j’ai animé des formations, j’ai rédigé des supports pédagogiques, enseigné en école de commerce. Je crois aussi au lien entre générations dans une société où l’individualisme se déploie partout. »

Pourtant, avec une vie professionnelle et familiale aussi chargée qu’épanouissante, il lui fut longtemps difficile de dégager du temps pour faire du bénévolat, même si l’idée lui trottait dans la tête.

Les aléas de l’existence vont finalement lui offrir le temps dont elle ne disposait pas : après 33 ans dans la même entreprise, un conflit débouche sur un départ négocié. Dominique Planès a alors 55 ans.

Pour se remettre du choc, cette titulaire d’un DESS de droit public, diplômée de Sciences Po Paris éprouve l’envie « d’être utile et active ». Et vite ! « Je me suis jetée dans l’aventure. J’avais lu des articles sur l’association Lire et faire lire. Dès mon premier coup de téléphone, on m’a dit que je pouvais apporter quelque chose. Ma première réunion a eu lieu quinze jours plus tard et ma première affectation dans une école a suivi. C’était parfait. »

La lecture sur tous les fronts

Nous sommes fin 2005. Pour ses grands débuts, Dominique arrive dans une classe de CP du 14e arrondissement de Paris, à côté de Montparnasse. L’expérience continue aujourd’hui avec des CE1. Chaque jeudi, à l’heure du déjeuner, elle prend successivement trois groupes d’enfants pour des séances de lecture à haute voix, d’environ trente minutes. « Je suis totalement libre du contenu, raconte celle pour qui Mémoires d’une jeune fille rangée, de Simone de Beauvoir a constitué un grand coup de cœur. Il s’agit d’un moment très agréable, quelque chose de fort se passe. »

Installée dans la salle de musique avec ses apprentis lecteurs, Dominique sélectionne six ou sept ouvrages à chaque fois, uniquement ceux qu’elle aime.

« On sentait chez eux une rage de vaincre incroyable »

Plus complexes, ses interventions en collège n’en sont pas moins enrichissantes. En 2006, elle se rend dans des classes SEGPA (Section d'enseignement général et professionnel adapté) dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris. Le « public » n’a rien à voir : « Nous étions clairement en face d’enfants en échec scolaire qui le percevaient très bien, se souvient Dominique. Nous intervenions en duo car nous nous sentions très démunis face à des ados en mal de vivre. »

L’expérience ne sera pas reconduite mais elle servira de socle à un projet mené au sein du collège Lucie Faure, dans le 20e arrondissement, avec une classe qui accueille des jeunes migrants francophones (ces derniers viennent d’arriver et leur niveau de français leur permet de s'insérer dans la vie courante).

Dominique y anime des sessions de lecture à voix haute de beaux textes courts pour varier thèmes et niveaux de langage. « L’an passé, nous avions un groupe d’un bon niveau avec des jeunes de 16 à 18 ans. On sentait chez eux une rage de vaincre incroyable, une envie de s’en sortir. »

« J’espère qu’on a semé des graines »

Cette année, le bilan s’avère beaucoup plus nuancé : « C’est très compliqué, car leur niveau de compréhension était limité. Ils avaient de 14 à 18 ans et donc de grosses différences de maturité entre eux, en plus des difficultés sous-jacentes liées à leur histoire personnelle. »

Mais un lien s’est tout de même créé : « Ils sont particulièrement interpellés par l’acte gratuit, qu’on vienne les aider sans les interroger tout en s’intéressant à eux. Mais on les perd très vite dans la lecture. D’autant qu’ils se trouvent dans l’impossibilité de nous dire, par pudeur ou lassitude : “Je n’ai pas compris, ça va trop vite. J’espère qu’on a semé des graines, qu’on leur a apporté un regard bienveillant via le livre. Sur le plan de la lecture pure et du français on est moins sûrs de notre coup. »

Dominique ne cache pas ses doutes, ses interrogations. Chaque atelier nécessite une remise en question. Mais son investissement se matérialise aussi par des réalisations concrètes, particulièrement gratifiantes.

Grâce à ses relations chez Hachette, Dominique Planès a reçu des livres qui lui ont permis de créer une bibliothèque avec 600 références dans le collège de la Goutte d’Or, tandis que dans celui du 20e, chaque élève a reçu trois ou quatre ouvrages pendant l’année scolaire. « Certains m’ont dit qu’ils les garderaient toute leur vie », avoue Dominique Planès avec émotion. Lire et transmettre, inlassablement.

 

Baptiste BLANCHET

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