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FeRDiNaND BuiSSON (1841 - 1932)

Président de la Ligue de l'enseignement

D’origine protestante, fils de magistrat, Ferdinand Buisson dut interrompre ses études pour devenir soutien de famille à la mort de son père. Agrégé de philosophie (1868), il refusa de prêter serment au Second Empire. Son séjour en Suisse de 1866 à 1870 fut le moment décisif de sa formation. Titulaire d’une chaire de philosophie à Neuchâtel, il participa aux premiers congrès de la Ligue de la paix et de la Liberté, collabora au journal Les Etats-Unis d’Europe, et, avec Félix Pécaut et Jules Steeg, deux autres protestants libéraux français exilés, jeta les bases du Christianisme Libéral, un mouvement conçu comme une religion intérieure de la conscience, « sans dogme, sans miracle et sans prêtres », ouvert même aux athées. C’est de ce séjour suisse que datent sa foi inébranlable en la nécessité d’une école laïque et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Revenu à Paris dès la chute de l’Empire, il fonda dans le 17è arrondissement un orphelinat laïque se réclamant de la mixité et de l’éducation intégrale, qui après la Commune fut transféré à Cempuis (Oise). Nommé inspecteur de l’enseignement primaire par Jules Simon (1872), il ne put exercer sa fonction à la suite d’une polémique lancée contre lui par Mgr Dupanloup. Devenu secrétaire de la commission de statistiques de l’enseignement primaire, il participa aux expositions universelles de Vienne (1873) et Philadelphie (1876), ce qui lui permit d’acquérir une expérience des systèmes scolaires étrangers.

Après la victoire définitive de la IIIè République, F Buisson fut nommé Inspecteur Général de l’Instruction Publique (1878), puis choisi en février 1879 par Jules Ferry, devenu ministre, comme Directeur de l’enseignement primaire : un poste capital qu’il devait occuper durant dix sept ans, pendant lesquels il fut davantage que les ministres successifs le véritable inspirateur des réformes scolaires républicaines, rédigeant les projets de loi, règlements et circulaires qui ont fondé l’Ecole laïque dans ce pays. Parallèlement il dirigea de 1878 à 1887 la publication de la première édition du Dictionnaire de Pédagogie et d’Instruction primaire, dont il avait confié la maitrise directe au libertaire suisse James Guillaume (une seconde édition, allégée et profondément revue, fut publiée en 1911).

Après son départ de la direction de l’enseignement primaire en 1896, F Buisson occupa la chaire de Science de l’éducation à la faculté des lettres de Paris (où Durkheim lui succèda en 1902). Au tournant du siècle, il se lança dans une action politique plus directe, et aussi singulièrement polymorphe. Ardent dreyfusard, il fut en 1898-1899 un des fondateurs de la Ligue des droits de l’Homme, dont il devint président en 1913. Il participa à l’activité de quantité de groupements solidaristes dans le sillage de Léon Bourgeois. Il fut également en 1901 un des fondateurs du parti radical, dont il sera vice-président, se situant toujours résolument à son aile gauche, jetant à plusieurs reprises des ponts avec les socialistes, notamment avec Jaurès. Elu député de Paris en 1902, on a dit de lui qu’il avait été « l’éminence grise » d’Emile Combes : en réalité, il fut un animateur ardent de la politique anticléricale du Bloc des Gauches à la fois dans le pays (notamment comme président de l’Association nationale des libre-penseurs de France) et au Parlement où il fut rapporteur de la loi de 1904 contre l’enseignement congréganiste, et président de la Commission de la séparation des Eglises et de l’Etat qui devait aboutir à la loi de décembre 1905. Ses positions politiques ne manquaient toutefois pas d’originalité, et de hardiesse progressiste, puisqu’il milita avec constance et énergie pour le suffrage des femmes, pour la reconnaissance du syndicalisme des instituteurs, pour l’enseignement des idées pacifistes, contre le monopole de l’enseignement public (dans lequel il voyait une dérive liberticide), pour la reconnaissance du rôle des parents d’élèves, pour une réforme démocratique de l’enseignement prenant en compte à la fois la prolongation de la scolarité, l’obligation de l’enseignement post-scolaire et le développement de l’ enseignement technique.

F Buisson demeura député jusqu’en 1914 et accomplit un ultime mandat de 1919 à 1924. Après guerre, il présida encore la Commission de l’Ecole unique, instituée par Edouard Herriot en 1924, et reçut le Prix Nobel de la Paix en 1927. Il mourut à quatre vingt onze ans. Il était grand officier de la Légion d’honneur.

Son rôle à la Ligue de l’enseignement fut d’une importance exceptionnelle. Il commença de manière notable aux congrès de Nantes (1894) et de Bordeaux (1895), moment où Buisson, encore Directeur de l’enseignement primaire, impulsa la combinaison des forces privées (associatives) et publiques (étatiques) à l’arrière-plan du démarrage des œuvres post-scolaires laïques. Libéré de ses fonctions administratives en 1896 il se retrouva tout naturellement au côté du mouvement associatif, entrant cette même année à la direction de la Ligue de l’enseignement pour en devenir vice-président l’année suivante. En 1902, bénéficiant d’une vacance de poste, il en fut élu président et le resta jusqu’en novembre 1906. Au cours de ces quatre années coïncidant avec le Bloc des Gauches et marquées par des situations complexes au sein du monde républicain, il s’efforça –sans toujours y parvenir – à la fois de dégager des synthèses unanimistes et d’ancrer à gauche l’anticléricalisme ligueur. S’il réussit à maintenir l’unité du mouvement sur la question scolaire, en se ralliant au congrès de 1902 à l’idée du « monopole laïque », distinct du monopole étatique de l’enseignement, il achoppa en 1904 sur la tension entre l’idéal pacifiste en vogue dans le monde enseignant et la normalisation du patriotisme républicain.

Après 1906, sa présence à la Ligue de l’enseignement fut moins constante en raison de la multiplicité de ses engagements, mais elle demeura forte. Jusqu’en 1914, avec plus ou moins de distance selon les cas, ses prises de position personnelles orchestrèrent largement les discussions sur « l’égalité des enfants devant l’instruction », les Conseils d’école, la manière d’aborder la « bataille scolaire » contre l’Eglise et la refonte des lois laïques. De 1914 à 1918, il anima de nombreuses conférences au siège parisien de la Ligue de l’enseignement et soutint activement la politique d’Union sacrée conduite par celle-ci. Après guerre il intervint encore en personne aux congrès de 1919 et 1924 pour soutenir l’idée de l’Ecole unique. Et sans être directement présent, il appuya les efforts des congrès de Saint-Etienne en 1925 et 1926 conduisant à la refondation de la Ligue dans une Confédération Générale des Œuvres laïques. Encore présent au congrès de Lille (1928), alors très âgé, il y rappela que « l’école et la république sont inséparables et que celle-ci ne pourrait pas survivre à l’éclipse de celle-là ».

Avant même son décès, la Ligue  de l’enseignementlui avait rendu un hommage solennel à deux reprises : le 22 janvier 1930, en lui remettant un buste en bronze au Trocadéro, et le 6 décembre 1931 lors des cérémonies du cinquantenaire de l’Ecole laïque organisées par la Fédération des œuvres laïques de l’Oise.

Pour aller plus loin..: 

Parmi de nombreuses notices :

  • J Jolly, Dictionnaire des parlementaires français, 1960
  • Ch Charles, Les professeurs de la faculté des lettres de Paris. Dictionnaire biographique, T 1 : 1809-1902. INRP-CNRS, 1985.
  • P Caspard, Les Inspecteurs Généraux de l’Instruction Publique de 1809 à 1914. Dictionnaire biographique, INRP-CNRS, 1986.
  • Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier/mouvement social (Maitron).
  • G Poujol, M Romer, Dictionnaire biographique des militants XIXè-XXè siècle. De l’éducation populaire à l’action culturelle, L’Harmattan, 1996.

Quelques études :

  • L Loeffel, Ferdinand Buisson apôtre de l’école laïque, Hachette éducation, 1999
  • J-P Martin, « Ferdinand Buisson et la Ligue de l’enseignement », in Ferdinand Buisson, Fondateur de la Laicité, militant de la paix, Sceren-Crdp Académie d’Amiens, 2004.
Jean-Paul MARTIN

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