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"faire vivre une école de brousse sénEgalaise en plein paris"

Stéphanie Kuissi Talgang, Animatrice "À l'école de Diara"

Stéphanie Kuissi Talgang anime « À l’école de Diara », un projet de solidarité internationale de la Ligue de l’enseignement de Paris qui reproduit à Paris une école de brousse du Sénégal. Et sensibilise des élèves de primaire et de collège au défi de la scolarisation dans les pays en voie de développement.

Faire vivre une école de brousse sénégalaise en plein Paris : cet improbable défi de solidarité internationale, Stéphanie Kuissi Talgang le relève chaque jour dans le cadre du service civique qu’elle effectue depuis avril dernier pour la Ligue de l’enseignement de Paris. Cette jeune femme enthousiaste et décidée anime « À l’école de Diara », une exposition interactive qui reproduit dans le lycée de l’est parisien Lazare-Ponticelli l’école d’un village rural de 600 habitants, Diara, perdu dans le nord du Sénégal. L’objectif : sensibiliser élèves de primaire et collégiens, qui visitent l’exposition avec leurs professeurs aux conditions d’enseignement dans cet établissement qui manque de tout. « Pour les jeunes visiteurs c’est souvent un choc, confie Stéphanie. Et c’est l’un des buts recherchés : interpeller sur ce qui se passe ailleurs. »

Diplomée bac+4 en information et communication, Stéphanie, 25 ans, espère intégrer bientôt un Master 2 en gestion de projet culturel. Une continuité avec son engagement pour l’école de Diara. « Les jobs sans avenir que me proposait Pôle emploi et les candidatures sans réponse, j’en ai eu marre, lâche-t-elle, quelques souvenirs amers en tête. Je veux m’investir dans de « vrais » projets qui me passionnent. » Alors, comme une évidence, elle a tapé à la porte de la Ligue de l’enseignement, pour rejoindre l’équipe des « services civiques », ces jeunes adultes âgés de 16 à 25 ans effectuant des missions d’intérêt général, notamment pour mener des actions de solidarité internationale.

« Ne pas juger avec ses codes occidentaux »

Et la voilà, normalement jusqu’en janvier prochain, au milieu de murs recouverts d’une fresque de brousse et de forêt, du sable sous les pieds, entourée d’un potager, de latrines et de dessins de barbelés destinés à éloigner les chèvres, circulant entre des pupitres et un tableau noir tout en surveillant une marmite qui semble chauffer sous un feu de bois... Une exposition copie presque conforme de l’école sénégalaise. Même la pompe à eau et les panneaux solaires sont là ! En fermant les yeux, le visiteur peut imaginer ces élèves venant à Diara en pirogue et en charrette ou marchant pieds nus sur les pistes défoncées pour rejoindre leur école.

« Le travail d’explication est indispensable, observe Stéphanie, parce que certains des élèves qui visitent l’exposition ont d’emblée une vision négative des conditions sénégalaises de vie et d’enseignement. Il faut leur repréciser le contexte de cette société et le défi de la scolarisation dans les pays en voie de développement. L’école à Diara, c’est forcément très différent de l’école à Paris... » Pendant quelques heures, Stéphanie veut transporter les jeunes Parisiens « là-bas », dit-elle, pour qu’ils ne jugent pas le village sénégalais selon les codes de leur vie citadine et occidentale.

Volubile et dynamique, par ailleurs diplômée du Bafa (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur), la jeune femme s’appuie sur ses précédentes actions bénévoles. Elle a ainsi œuvré à la réinsertion de personnes souffrant de troubles psychologiques accueillies au centre parisien Georges-Devereux. « J’étais médiatrice auprès de personnes qui éprouvaient le besoin de se confier », raconte-t-elle. À l’école de Diara, c’est au contraire à Stéphanie d’aller à la rencontre de jeunes Parisiens parfois bien silencieux. Et quelquefois, ça coince : « J’ai souvent peur que les visiteurs oublient tout ce qu’on leur explique après avoir quitté l’exposition. Il m’arrive de douter de l’utilité de ma mission... » Son regard malicieux s’éteint un peu. Mais la flamme se rallume aussitôt : « Se remettre en question permet d’avancer. Si dans quelques semaines, seuls un ou deux élèves par classe ayant fait le déplacement se souviennent de l’école de Diara, alors je serai heureuse. »

« Construire l’avenir »

Dans les prochains mois, l’école de Diara pourrait partir à la rencontre de nouveaux publics en déménageant vers d’autres établissements scolaires de Paris et de sa banlieue. Pour Stéphanie, l’intérêt de l’exposition est évident : « Impliquer un public à un projet de solidarité internationale passe par des actions concrètes et non par de grands discours. Les jeunes Parisiens qui poussent les portes de l’école de Diara ne sont pas de simples “clients” passifs. Nous les mettons en situation : ils s’installent sur les bancs de la classe, s’assoient pour déjeuner sur le sable... Et ils peuvent s’identifier à leurs homologues sénégalais via des fiches personnages. » Sur lesquelles est inscrit le nom de chaque élève, son âge, la profession de ses parents et leur position sociale... Les jeunes repartent aussi avec un livret et un DVD racontant la journée d’un écolier au Sénégal. Des outils pour figer leurs souvenirs.

Si l’école de Diara séduit ses visiteurs, elle fait aussi grandir son animatrice. Il faut dire que Stéphanie a soif de découverte, elle qui a rédigé un étonnant mémoire sur « la promotion culturelle du Japon à travers le manga » dans le cadre de son cursus universitaire. « On ne peut pas s’enrichir en restant chez soi, insiste-t-elle. Et comme il n’est pas facile de faire le tour du monde, il faut être curieux.» L’école de Diara éduque les jeunes et construit leur avenir. « C’est une école très belle », glisse presque naïvement Stéphanie. Bien décidée à ouvrir un jour d’autres écoles, au Sénégal, à Paris ou ailleurs.

A savoir : À quoi ressemble une école sénégalaise

« À l’école de Diara » est une exposition pédagogique interactive qui reproduit une école du village de Diara, situé dans le département de Podor au nord du Sénégal. Tout, de la maquette jusqu’à la décoration, a été réalisé sur la base de photos et de plans rapportés par une classe du lycée de la Solidarité internationale partie à la découverte du pays. Ensuite, les élèves d’une classe du lycée des Futurs, âgés de 16 à 22 ans, se sont chargé de la reconstruction en taille réelle de la salle de classe, équipée de tables-bancs, de sa cour, de ses latrines et d’un abri. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir les conditions de scolarisation à Diara, le rôle de l’école au sein du village, le système scolaire sénégalais, mais également des éléments de la vie quotidienne.

Cette immersion dans une école de brousse sénégalaise permet d’interpeller de manière concrète les visiteurs sur les défis d’une éducation de qualité dans les pays en voie de développement: l’accès à l’éducation, les conditions matérielles, l’usage du français en contradiction avec la langue parlée à la maison, ou encore le rôle des éducateurs... Portée, entre autres, par la Ligue de l’enseignement de Paris, Solidarité Laïque, La Case et Réunion Dagana, l’exposition a fait l’objet d’une inauguration en mai dernier à l’occasion du lancement de l’édition 2011 de la campagne de solidarité « Pas d’Éducation, pas d’Avenir ! ». Elle est actuellement exposée au lycée de la Solidarité internationale, à Paris, jusqu’au mois de décembre.

Sylvain HENRY

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