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L'Art de la rencontre

Michel Bourguignon, militant et amoureux des arts

Ambassadeur infatigable de la culture et de l’éducation populaire, Michel Bourguignon prétend que ses 25 ans de Festival d’Avignon et ses 42 ans à la Ligue de l’enseignement relèvent du hasard des rencontres, à quoi il doit tout. Ce serait faire peu de cas de sa fidélité obstinée à des valeurs et à l’amour des arts, dont il a hérité.

Né en 1931 dans une famille très laïque, Michel se souvient que ses parents l’emmenaient au théâtre. De cette enfance à Asnières, peuplée d’artistes, il se rappelle être monté sur scène à cinq ans au Grand Rex et avoir tenu un rôle d’enfant au théâtre du Châtelet.

La guerre et un papa diplomate contraindront la famille au voyage, et le jeune Michel soupçonnera très vite les activités de résistant de son père. Il sera marqué à jamais en Tunisie par les fusils allemands braqués sur lui pour obtenir des renseignements sur son père en fuite. Il refusera de parler comme il refusera, élève, de chanter « Maréchal nous voilà ». Première expérience du mensonge, dira-t-il, et premiers actes de résistance. Voilà sans doute forgé ce qu’il appelle un « capital moral rigoureux ».

Mais le théâtre le suit : adolescent en Tunisie, il fabrique des maquettes de décors et découpe dans les journaux des critiques sur Jean-Louis Barrault ou Jean Vilar…

Quand Michel parle de lui, il ne parle que des autres ! C’est que les rencontres qui ont jalonné sa vie sont peu banales. Il se souvient, grâce aux fonctions de son père, avoir côtoyé en Tunisie, dans une maison familiale qui servait de refuge, le poète Philippe Soupault, l’écrivain André Gide, ou le Général Montgomery ! Il se souvient aussi être allé à la plage avec Claudia Cardinale… Mais la diplomatie et les activités de résistance de son père n’expliquent pas tout. Il cultive avec persévérance son goût des autres.

Lorsque Michel et sa famille reviennent en France en 1949, ils font l’amère expérience de la pauvreté et de l’exclusion. Ils sont considérés comme des étrangers et peinent à trouver un logement. Mais installé en banlieue, Michel ne renonce ni au théâtre, ni aux rencontres.

De l’enseignement à la Ligue

En 1951, il voit Le Cid joué par le théâtre national populaire à Suresnes, et suit régulièrement les rencontres du dimanche matin au TNP : premiers contacts avec Gérard Philipe ou Jeanne Moreau qu’il retrouvera plus tard à Avignon…

L’acteur Pierre Fresnay est son voisin, il lui rend quelques services. Mais le hasard des rencontres ne dispense pas des nécessités de la vie. Michel poursuit ses études : lettres, histoire, psychologie. Il fait le « pion », encadre des « colos », et lui qui se rêvait chirurgien devient professeur en 1952. « Pourquoi pas, puisque cela ressemblait au théâtre et parce qu’il fallait bien faire quelque chose ! ».

Il « se prend au jeu » de ce métier non choisi, qui lui révèle le goût de la transmission. Mais pour se réaliser complètement, il s’occupe du foyer, du cinéclub, des Petits écoliers chantants de Bondy, d’un atelier théâtre, et fréquente les « stages de réalisation » de la Ligue de l’enseignement…

Alors en 1968, il devient bénévole à la fédération naissante de la Seine-Saint-Denis, démarche avec le secrétaire général la quasi-totalité des maires du département, puis est élu au conseil d’administration dont il sera président ces treize dernières années.

Mais c’est la fédération de Paris qui fera appel à lui en 1970 pour créer le Théâtre pour l’enfance et la jeunesse de Paris. Cette expérience pionnière permettra d’accueillir dans les théâtres parisiens plus de 650 représentations (en huit saisons) données par des compagnies françaises et internationales… Membre fondateur de l’Anrat (Association nationale de recherche et d'action théâtrale), son intérêt pour le jeune public le guide également vers l’Atej (association de théâtre pour l’enfance et la jeunesse), dont il devient secrétaire général, et vers « Spectacles en recommandé » qu’il suit avec assiduité.

Avignon dans le cœur

Mais sa grande passion reste sans aucun doute le Festival d’Avignon qu’il découvre en 1966… Il y rencontre Jean Vilar, puis Paul Puaux (son adjoint) l’année suivante. Offrant ses services, il se voit confier l’accueil du public dans la Cour d’honneur, avant d’en avoir la responsabilité dans l’ensemble des lieux du festival, auprès de Robert Doizon, contrôleur général.

Cet engagement de 25 ans n’a, en fait, jamais pris fin ! Secrétaire général de l’association pendant de nombreuses années, il n’a jamais quitté les salons de la Maison Jean Vilar ! Qu’ils soient lycéens, enseignants, amateurs de théâtre, on voit Michel accueillir chaque année des groupes de visiteurs avides de ses souvenirs, et reconnaissants de sa gentillesse.

Qu’il exhume avec fierté les costumes préservés de Gérard Philipe et de Maria Casarès, ou qu’il arpente les rues de la vieille ville des anecdotes plein la tête, l’homme aime toujours autant partager, et sait transformer les rencontres en amitiés fidèles…

S’il se dit fier d’avoir tracé ce parcours sans plan de carrière, il semble regretter de lui avoir sacrifié une part de sa vie privée. Car chez lui, rien ne s’efface. Il se dit constitué de toutes ces rencontres fortuites ou non, des émotions indélébiles qu’il leur doit. « Il n’y a pas de passé, confie-t-il, le passé est présent en moi. » Aujourd’hui, s’il se dit fatigué « de semer », et réduit ses activités, il n’est pas prêt de renoncer à sa soif de transmission, et cite le poète Toshiko Tonomura : « J’arrose, pensant pouvoir vivre encore. »

Jean-Noël MATRAY

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