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La musique s'Invite à l'école

Manuella Germain de Montauzan, animatrice musicale en milieu scolaire

Aussi passionnée que pédagogue, Manuella Germain de Montauzan accompagne les projets d’éveil musical des classes de maternelle et de primaire dans plusieurs communes rurales du Calvados. Cette multi-instrumentiste propose une approche basée sur le plaisir et le jeu, qui suscite des vocations chez de nombreux enfants.

Une vocation tient parfois à peu de chose. Ce n’est pas Manuella Germain de Montauzan, 47 ans, aujourd’hui animatrice musicale en milieu scolaire à la Ligue de l’enseignement du Calvados, qui affirmera le contraire.

Elle vit, vers 6 ou 7 ans, une expérience plus que mitigée au conservatoire de Rouen : « J’ai eu un professeur de flûte à bec exceptionnel, monsieur Sanvoisin. Un grand flûtiste, particulièrement pédagogue, auteur de nombreuses méthodes d’apprentissage. J’ai également eu un professeur de violon bien moins passionnant, beaucoup trop scolaire, qui m’interdisait de pratiquer un sport en parallèle », se souvient-elle. Au point de quitter le conservatoire et d’arrêter tout simplement la musique. Le plaisir revient à l’adolescence, lorsqu’elle reprend le violon dans une autre école. Avec, là encore, une rencontre marquante qui la remet sur une voie qu’elle ne quittera plus : « Max Pinchard, professeur et directeur de l'école de musique de Grand-Couronne, donnait entre autres, des cours d’orchestre. Il a su me remettre en confiance. Dans une ambiance très sympathique, nous sommes partis donner de nombreux concerts, notamment en Allemagne, se souvient-elle. C’était une ouverture très bénéfique, d’autant qu’on ne se rend pas toujours compte des préparatifs que nécessite un concert, des coulisses, du travail effectué en amont. »

La musique s’invite à l’école

Alors que la musique bouleverse son quotidien, une question se pose : Comment faire de cette passion son métier ? Après des études générales un peu difficiles, plusieurs petits boulots et des cours d’histoire de la musique à la faculté, Manuella trouve la réponse aux Centres musicaux ruraux de France où, pendant trois années, elle suit une formation pour devenir intervenante musicale en milieu scolaire. Avec déjà cette idée d’éducation populaire, d’accès pour tous aux mélodies et aux grands compositeurs. Pendant son année de stage pratique à Caen, alors qu’elle donne des cours, on lui propose un remplacement à la Ligue de l’enseignement du Calvados. L’aventure peut commencer, au sein des classes du Pré-Bocage, (2 communautés de communes : Aunay-sur-Odon et Villers-Bocage). Des enfants de maternelle ou de primaire y bénéficient d’un accompagnement musical, dispensé par Manuella ou son collègue Patrick Mahier. « Les instituteurs intéressés remplissent les dossiers. Mais il leur incombe de définir le projet de base. Plus tard, une commission d'évaluation – composée de membres de l’Éducation nationale, de la Ligue de l’enseignement du Calvados, de l’École de musique et de l’ODACC (Office départemental de l'action culturelle du Calvados) – attribue des heures pour chaque projet (10 heures maximum) », précise cette passionnée de lecture. Au cours d’une année scolaire, Manuella, qui joue du violon, de la flûte, de la guitare et du saxophone, intervient ainsi en moyenne dans 55 classes, réparties en une quinzaine d’écoles.

Une approche ludique

« Les projets sont variés. Parfois nous partons d’un album illustré que l’on va mettre en musique, en nous demandant, après une recherche sonore, quels instruments nous allons utiliser. À d’autres moments, nous illustrons musicalement une histoire écrite par la classe, raconte Manuella, qui adore par ailleurs la lecture et la marche en bord de mer, le long de La Manche. Il existe aussi des projets plus classiques autour des musiques du monde par exemple : la classe écoute des musiques et des chants de différents pays, avant de jouer des percussions sur ces musiques. Nous avons également mis en place un projet autour du jazz, en écoutant des grands classiques (Django Reinhardt, Miles Davis) puis en mettant des paroles dessus. »

Transmettre sa passion, aux instituteurs comme aux élèves, leur faire comprendre que la musique n’est pas réservée à une élite, voilà l’ambition de Manuella, qui avoue apprécier tous les styles musicaux à l’exception de la techno avec laquelle elle admet avoir peu d’atomes crochus ! Dans les deux cas, le but semble atteint : « Ça se passe toujours bien avec les instituteurs puisqu’ils sont à l’initiative du projet. Ils ne se contentent donc pas de rester au fond de la classe à corriger des cahiers pendant les interventions. Quant aux enfants, ils sont ravis et se montrent très motivés. C’est forcément gratifiant lorsque les enfants viennent à adopter une autre vision de la musique. Très demandeurs, ils s’intéressent à tout et découvrent les instruments, les sonorités, les jeux musicaux… Ma plus grande satisfaction est de voir leurs visages illuminés par le plaisir de la musique », souligne cette adepte de Beethoven et Tchaïkovski. Sa méthode basée sur le jeu (reconnaître un instrument, écouter les sons, chanter, mimer), permet d’atténuer le côté sacré et intimidant de la musique. Après ses interventions, beaucoup d’écoliers ont d’ailleurs envie d’aller plus loin, de suivre des cours.

Une vie dédiée à la musique

Si l’emploi du temps de Manuella est bien rempli, elle essaye de consacrer un après-midi par semaine à organiser des répétitions d’orchestre, préparer des spectacles et se rendre dans les écoles où elle interviendra afin de finaliser les projets. En plus de ses activités au sein de la Ligue de l’enseignement du Calvados, cette mère de 2 enfants (15 et 18 ans), enseigne le mardi soir et le mercredi dans une école associative. Au programme : éveil musical pour les petits, formation musicale et cours de chorale pour les autres ! Et comme si ça ne suffisait pas, elle prend son violon tous les lundis soir pour s’amuser dans un groupe de jazz manouche. Curieusement, dans sa maison de Fleury-surOrne, on ne trouve pas une pièce dédiée à la musique, à l’exception d’un piano installé sur la mezzanine…

La pratique artistique, bénéfique en tous points

L’éducation artistique en général, et la musique en particulier sont réputées pour leurs vertus éducatives. L’éducation artistique développe l’aptitude à l'expression et le goût de la création ; elle favorise l'épanouissement de l'autonomie et de la personnalité de l'élève ; elle permet de mieux équilibrer les formes diverses d'intelligence et de sensibilité. Elle cultive des manières de penser et d'agir, devenues indispensables pour s'orienter dans les sociétés contemporaines. Ainsi, de nombreuses recherches ont démontré combien la pratique d’une discipline telle que la musique peut directement contribuer à l’amélioration des résultats scolaires dans d’autres disciplines. Au-delà, son rôle social positif, en tant qu’activité de loisir est également E largement reconnu.

Baptiste BLANCHET

Les autrEs portraits autour de la CUlture

  • « L’intégration ne signifie pas la négation de ses origines »

    Philippe Moscarola, responsable culturel de la Ligue de l’enseignement de Savoie

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  • "Il faut se prendre en main pour faire en sorte que les choses bougent"

    Pauline Jacob, Présidente de l'association "Etrange lucarne"

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  • Madeleine Léo Lagrange

    1900 - 1992

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  • « J’ai constamment envie d’apprendre, de comprendre comment fonctionnent les choses, et la Ligue de l’enseignement s’inscrit parfaitement dans cette logique de transmission. »

    Nicolas Trotouin, secrétaire général de la Ligue de l’enseignement de Lozère et élu en charge des affaires culturelles à la mairie de Mende

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  • "Je crois à la transmission"

    Dominique Planes, Bénévole à Lire et faire lire

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  • L'art de la rencontre

    Michel Bourguignon, militant et amoureux des arts

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  • Sabine Baudont porte la culture en détention

    Responsable culturelle de la Ligue de l’enseignement d’Ille-et-Vilaine

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  • « Tout mon parcours s’est construit sur des valeurs qu’a toujours défendues la Ligue : la promotion de l’école publique, l’accès à la culture pour tous, la citoyenneté, la laïcité.»

    Michèle Bauby-Malzac, présidente de Lire et faire lire

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  • «Il n’y a pas l’école classique d’un côté et l’éducation populaire de l’autre. Tout se complète.»

    Jean-Louis Guilhaumon, président du festival « Jazz in Marciac », maire et ancien principal de collège dans le Gers

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  • "La lecture est créatrice de lien social"

    Emmanuelle Dunand-Chevalier, gestionnaire de projets culturels

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  • JEan Macé, le républicain militant

    1815 - 1894

    Fondateur de la Ligue de l'enseignement

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  • Anne Lidove, militante du cinéma itinérant

    Directrice de CinéLigue Nord-Pas-de-Calais

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